Chapitre o1
Histoire de personnalité
- Penelope Jones !
La jeune fille s'efforça de sourire en essayant d'oublier le trac qui s'était tout à coup emparé d'elle. Vêtue de l'uniforme et du chapeau traditionnels, elle monta sur l'estrade afin de recevoir son diplôme de fin d'études. Du haut de ses dix-sept ans, elle avait fini première de sa promotion. Rien que ça. D'un geste timide, elle salua ses amis présents dans la salle et s'avança vers la femme au chignon serré qui l'avait appelée. Cette dernière lui laissa sa place devant le pupitre. Attendaient-ils qu'elle fasse un discours ? Cela tombait mal, étant donné qu'elle n'avait rien préparé. Les gens la scrutaient, et le silence commençait à devenir pesant. Apparemment, elle n'avait pas le choix. Elle s'éclaircit bruyamment la gorge devant son micro, éveillant l'attention de certains qui commençaient sérieusement à s'ennuyer. Malheureusement, aucune pensée digne de ce nom ne lui vint à l'esprit. Elle n'allait quand même pas simplement remercier sa famille !
- Je tiens à remercier tous ceux qui m'ont encouragée dans mes études, déclara-t-elle, hésitante. Ma famille en particulier.
Pitoyable. Un simple merci aurait eu plus d'effet. Rouge de confusion, elle baissa la tête en replaçant ses cheveux châtains lisses derrière ses oreilles. Puis elle releva le menton en dévisageant chacune des personnes présentes, avant de se lancer.
- Tout le monde semble souhaiter que je fasse un discours, dit-elle. Pourquoi donc ? Je n'ai en aucun cas le sentiment 'avoir fait quelque chose de spécial. J'ai seulement compris la chance que l'on a aujourd'hui, et je l'ai saisie comme chacun d'entre vous. Je n'ai donc pas besoin d'être félicitée. Au contraire, c'est moi qui vous félicite tous, ajouta-t-elle le regard malicieux.
Aussitôt, tous els étudiants applaudirent et Pénélope leur offrit son plus beau sourire. Elle put alors descendre de l'estrade et se frayer un chemin parmi tous ces jeunes euphoriques à l'idée d'avoir terminé le lycée.
- Par ici, Pen' ! l'apostropha une jolie blonde qui se trouvait être sa meilleure amie.
Jessica – car c'était son nom – avait le profil de l'Américaine type. Les cheveux blonds, le teint légèrement bronzé, c'était une excellente joueuse de volley-ball et une des pom-pom girls les plus admirées, de surcroît. Inutile de préciser que Penelope l'enviait beaucoup.
- Tu aurais quand même pu préparer un semblant de discours ! lança Jessica sur un faux ton de reproche. Ne joue pas les surprises, même les plus débiles savaient que tu terminerais première !
- Heureusement que tu t'es rattrapée, Pen' Jones ! lança un garçon qui avait intercepté la conversation au passage.
Penelope haussa les épaules en riant. Elle savait toujours retourner les situations à son avantage, de toute façon. Les deux filles se dépêchèrent de sortir de la salle, après s'être débarassée de leurs tenues traditionnelles peu idéales pour la sortie au parc qu'elles avaient prévue. Le soleil brillait à éblouir. Une belle après-midi s'annonçait, et elles comptaient bien en profiter.
- On se rejoint là-bas, Pen' ! s'exclama Jessica en s'éloignant pour régler quelque affaire tandis que l'autre jeune fille grimpait dans sa voiture.
Penelope acquiesça et mit le contact de son vieux 4*4 gris laissé par son père. Elle entendit alors frapper à sa vitre mas reconnaissant un garçon de son âge qui passait son temps à lui courir après, comme disait Jessica, elle fit mine d'augmenter le volume de son autoradio et démarra. La route qui bordait le lycée était bondée : elle n'arriva donc chez elle qu'après avoir traversé maints embouteillages.
La maison était bien calme. Seule sa mère, une femme aux cheveux courts d'un noir de jais, faisait du repassage dans le vestibule.
- Tu n'es pas censée être au parc ? demanda celle-ci sans même se retourner.
- je suis juste passée poser mes clés, la rassura Penelope, à peine surprise du spectaculaire temps de réaction de sa mère.
Joignant le geste à la parole, la jeune fille monta alors dans sa chambre et posa ses clés de voiture sur sa table de nuit. Elle changea ensuite de T-shirt, enfilant un dos-nu noir, et sortit de la maison aussi discrètement qu'elle y était entrée, sachant pourtant pertinemment que sa mère, qui était très douée pour ça, l'avait sans doute vue ou entendue malgré cela.
Le beau temps l'appelait, si bien que penelope décida de s'y rendre à pieds, le parc en question se trouvant à quelques pâtés de maison. D'un rapide coup d'½il, elle se risqua à regarder sa montre et s'aperçut qu'elle était déjà en retard, bien qu'elle s'en doutait depuis un moment. Cela importait peu : son amie avait pour habitude de l'être encore plus. Mauvais calcul. La jolie blonde l'attendait, adossée contre un arbre.
- La briseuse de talents se fait désirer ? lança-t-elle en souriant.
Penelope frissonna rien qu'à l'entente de cette expression inventée de toute pièce par sa meilleure amie. Son sourire s'effaça aussitôt.
- Je t'ai déjà dit de ne plus m'appeler comme ça, lâcha-t-elle sans cacher sa mauvaise humeur soudaine.
- Et pourquoi ça ? renchérit Jessica en prenant un chemin. Je trouve ça plutôt joli, et puis ça te va si bien, n'est-ce-pas ? ajouta-t-elle avec un sourire en coin. Ce n'est pas Tommy Wright qui dira le contraire...
Penelope se mordit la lèvre. Elle n'aimait pas que son amie fasse allusion à ce genre de mésaventures qui se répétaient de plus en plus fréquemment et qu'elle n'assumait pas le moins du monde. Tommy Wright avait été son dernier petit ami. Un tombeur et, qui plus est, le meilleur de basket-ball du Wuthering Highschool de San Francisco. Seulement ils s'étaient disputés la veille d'un match du championnat des lycées. Cela aurait été anodin si ce fameux match n'avait pas sûrement été le pire moment de la vie de Tommy. Et, si beaucoup – des jaloux pour la plupart – avaient énormément ri, Penelope, elle, s'était sentie affreusement coupable, bien qu'elle n'ait eu aucune raison rationnelle de l'être. Le jeune homme, lui qui ne ratait jamais un panier, les avaient tous manqués. Sans parler des innombrables chutes, toutes aussi ridicules les unes que els autres, qu'il avait enchaînées sur le terrain. À croire qu'il n'avait jamais manipulé un ballon de sa vie. La sanction avait été immédiate : viré de l'équipe, et surnommé le « boulet-ball ». Bien sûr, il n'avait pas osé accuser Penelope, mais il avait quand même coupé court à leur relation. Mais elle savait très bien que c'était sa faute, et Jessica aussi. C'était loin d'être la première fois que ce genre d' »incidents » se produisaient.
- Arrête de parler de ça, tu saisis ? s'exclama Penelope, ses beaux yeux verts devenus tout à coup plus haineux.
Jessica dut comprendre le message, car elle frissonna et reprit le chemin en discutant de choses plus banales. Elles furent ensuite interpellées par un groupe de collègues cheerleaders de la jeune blonde. Penelope les salua poliment, même si elle ne les appréciaient guère. Mais les éviter allait s'avérer plus compliqué que prévu.
- Allez Jess ! Tu nous fais une petite démonstration ? lança une des filles du groupe avec un sourire qui en disait long.
- Pardon ?
L'autre soupira comme si c'était une évidence.
- Tu vois les jeux pour enfants, juste en face ? Il y a là le plus haut des toboggans du parc, il doit être à sept mètres, voire plus, et –elle jeta un regard méprisant à celles qui l'entouraient- aucune des filles ici présentes n'ose sauter, puis rouler,... de là haut, bien sûr ! Et moi, je suis, comme tu peux le voir, terriblement blessée –elle montra sa cheville qui n'avait apparemment rien. Mais toi, qui est une gymnaste hors pair, tu devrais y arriver sans problèmes, n'est-ce-pas ?
Elle prononça ces derniers mots avec un magnifique sourire éclatant d'hypocrisie, et Jessica regarda Penelope l'air hésitant.
- Je ne préfère pas, dit-elle après un moment. Je me sens assez bizarre, là,...
Penelope la scruta, méfiante. Elle trouvait elle-même étrange l'attitude de son amie.
- J'en étais sûre ! Tu te dégonfles, Jessica... Tu n'es pas si différente des autres...
- Elle n'a rien à te prouver, tempéra Penelope. Tout le monde ici sait ce qu'elle vaut.
- Laisse, Pen', lui souffla Jessica, légèrement irritée. J'ai fait ce saut des centaines de fois sans aucune égratignure. Ce ne sont pas quelques mètres qui vont m'arrêter, ajouta-t-elle avec un clin d'½il.
Penelope lui rendit son sourire sans vraiment être convaincue et la regarda s'éloigner vers les jeux. Elle grimpa assurément sur le sommet du toboggan et se risqua à regarder en bas sans même sourciller.
Et là, elle sauta. Penelope fut sûrement la seule à percevoir la lueur d'affolement dans son regard au moment où ses pieds quittèrent le support. Elle sut tout de suite ce qui se passait, mais sans savoir comment réagir. Terrorisée, elle resta immobile, impuissante face au terrible spectacle qui se jouait devant elle. Elle ne bougea pas tandis que Jessica tombait, le corps complètement raide. Celle-ci finit par s'écraser, après une brève chute qui sembla durer des siècles, ses jambes chancelant sous le poids de son corps, et sa tête frappant lourdement le sol dur. Penelope ne réalisa vraiment ce qui s'était passé que lorsqu'elle vit les cheveux blonds de son amie prendre peu à peu une teinte rouge sombre. Elle était morte, et elle seule savait pourquoi.
Elle était briseuse de talents.
AlOrs, ça vOus a plu ? Je l'espère ...
SiinOn, diites-le mOii, je vOus enlèveraii de la liiste.
BiisOus a tOus =D
Mercii de me liire ...